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Le départ de cette édition de la TRANS MARTINIQUE 2016 est donné du village de GRAND RIVIERE à minuit le vendredi 09 décembre sous un vent et une pluie tropicale qui n’ont pas volé leur nom…

Le peloton est formé par près de 260 concurrents qui se sont préparés à parcourir les 161 km de cette expédition du nord vers le sud en progressant par la foret tropicale.

Dès le départ, se dressent les pentes de la Montagne Pelée. Les passages roulants laissent la place à de nombreux passages techniques très raides. Je pars prudemment laissant seulement une dizaine de coureurs derrière moi.  L’ ascension de nu

it de cet endroit dégage une saveur particulière. Plus le sommet approche, plus le vent est fort et puissant. A la lueur de ma lampe frontale, je devine de chaque côté du chemin un énorme vide. Le chemin est maintenant sur une ligne de crêtes. Mon béret est vissé fortement sur ma tête avec l’aide du bandeau élastique de ma frontale sinon… le vent du sommet l’aurait emporté.

Les quelques  dernières dizaines de mètres avant le sommet se font sous forme d’escalade dans une cheminée, sécurisée par une corde. Le vent et la pluie sont toujours présents.

J’ai gagné quelques places dans cette montée avec une gestion maitrisée de l’effort.

La descente,mon point faible se fait tranquillement. D’énormes marches se dressent devant moi, le terrain commence à être gras. Il pleut toujours avec force par intermittence. 

Cette première difficulté passée, le terrain devient plus « roulant » et je cours avec envie et clairvoyance. Je gagne encore quelques places par-ci par-là. Les ravitaillements sont la pour me rappeler les bases de l’ultra. Bonne hydratation + bonne alimentation = bonne progression.

6 heures de course viennent de passer. Le jour pointe et ma route se fait maintenant dans la forêt tropicale humide. C’est maintenant qu’une autre course commence…

Après les champs de canne à sucre et leurs chemins bien dessinés arrivent soudain les monotraces des mornes et leurs racines et leurs gués et la boue, la gadoue, la bouillasse.

Ces pluies tropicales qui se sont déversées depuis une quinzaine de jours ont rendu le chemin difficile, très difficile. Evidemment, ma place dans le peloton ne m’aide pas à trouver un terrain plus net. Cet endroit impressionne. D’immenses arbres, fougères, lianes se dressent devant et autour de moi. Le chant des oiseaux est puissant et profond. 

Je retiens de mon passage dans cet endroit une sensation de mystère et d’angoisse. 

Mais la course, revenons à la course. Les montées sont de plus en plus difficiles du fait de la boue qui s’accumule dans le monotrace. Mes chevilles sont recouvertes à chaque foulée par de la boue, lourde, grasse. Des torrents de boue viennent sur moi lors de montées sous la pluie. Les passages périlleux se font de plus en plus nombreux. Les passages avec les cordes sont difficiles. La corde glisse et ne me permet pas de me hisser aisément vers le tracé dessiné.  L’allure ralenti mais je gagne encore quelques places grâce à mes passages maitrisés aux ravitaillements. Je profite de quelques pas, de quelques foulées, quand le terrain le permet, pour échanger quelques banalités avec  un coureur rencontré au hasard d’une montée, d’un passage de corde, d’un gué. 

Les gués, passages obligés pour passer de l’autre côté. Les gués, passages obligés pour nettoyer les jambes, les chaussures, pour rafraichir un peu ce corps meurtri.

Cela fait maintenant 12 heures que j’avance dans cet environnement extrêmement difficile. Le prochain ravitaillement se trouve dans 5 km. J’espère y arriver dans environ 2 heures.  Les averses se sont calmées mais le terrain est de plus en plus gras. Les pièges du chemin se font de plus en plus nombreux. Les racines sont recouvertes par la boue et mes pieds butent de très nombreuses fois dedans sans les voir. Les descentes sont renversantes et glissantes. Ma tenue est maculée de boue. Heureusement que j’ai les bâtons, qui m’aident dans les montées mais également dans les descentes. Ils ont pliés de nombreuses fois mais n’ont pas cédés. Ma progression, que je jugeais normale est en fait de plus en plus lente. Je vais parcourir les 5 km en 03 heures. 

J’arrive au ravitaillement de COEUR BOULIKI, au 65 km à 17h10. J’apprends que l’organisation vient de laisser une heure supplémentaire pour atteindre la base de vie suivante à SAINT JOSEPH distante de 12 km, soit une arrivée avant 20h30. Je sais, après discussion avec certains concurrents que cette portion est extrêmement périlleuse sans la difficulté de la boue…alors avec…

Je décide sans hésiter d’abandonner car je sais que ma vitesse de progression ne me permettra pas d’arriver dans les délais et surtout si c’était le cas, il faudrait que je reparte sans temps de récupération pour les 91 derniers kilomètres. 

A ce moment de la course, je me trouvais à la 157 position. Tous les concurrents derrière moi n’arriveront pas non plus. Quelques baroudeurs, arrivés en même temps que moi à BOULIKI ont  tenté l’essai mais ne l’ont pas transformé.

Le lendemain, je rencontre l’un d’entre eux, qui me dit avoir vécu l’enfer dans cette dernière partie très technique, boueuse. Et la fatigue était bien là. 

Et les pieds dans cette histoire. A part qu’ils avaient l’apparence blanchâtre et ridée, les ampoules n’étaient pas encore au rendez-vous. Par contre, si le périple avait continué, les crevasses auraient fait leur apparition et là …

Ce que je retiens

C’est après un échec que l’on grandit le plus. Peut-être que je reviendrai un jour pour retenter ce défi.

L’avenir me le dira

 

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