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En ce mardi 12 septembre 2017, nous (Jean-Charles et moi-même) atterrissons à BASTIA-LUCIANA vers 07h30. A la sortie de l'avion, nous sommes déjà prêt à courir. Il ne nous reste plus qu'à récupérer nos sacs à dos, passé chez le diététicien (environ 7 kg sans l'eau pour 8 jours avec toile pouvant nous servir d'abri plus le nécessaire de secours...)

A la sortie de l'aéroport, nous prenons immédiatement plein sud. Nous savons que nous devons faire 75 km pleins sud afin de récupérer le chemin MARE A MARE CENTRE, qui parcourt l'île d'est en ouest, de GHISONACCIA à PORTICCIO soit environ 85 km.

Mais avant tout cela, nous décidons de faire un premier petit déjeuner à LUCIANA. Nous trouvons, non sans mal un petit bistrot ou nous faisons la connaissance d'un traileur, fait étrange, non... A partir de là, Jean-Charles, orateur intarissable de blagues et anecdotes rentre dans une discussion très amicale avec les trois locaux se trouvant au bar. Nous repartons de ce charmant petit endroit une heure après.

Le problème dans la recherche du premier petit déjeuner est que, pour prendre plein sud nous sommes obligés de revenir vers l'aéroport. Nous avons fait 10 km d'échauffement et nous revenons au point de départ.

Depuis l'avion, nous avons repéré que nous pouvons courir sur le bord de plage un long moment. Le seul hic est que nous devons passer deux bras de mer avant de pouvoir courir. Nous n'avons pas pu depuis l'avion prendre des points de repère faciles à voir depuis le sol et à terre nous ne savons pas ou nous nous trouvons par rapport à ces deux endroits à passer. Nous commençons une progression hésitante à travers champs et clôtures, champs et clôtures ... Pour finir nous arrivons devant... un ruisseau infranchissable. Nous faisons donc demi-tour pour la seconde fois en peu de temps.

La solution que nous adoptons est de courir le long de la route départementale qui court de BASTIA à PORTO VECCHIO. Inutile de raconter cet épisode tant il est dangereux, périlleux et pour nous sans intérêt. Nous profitons de la proximité de la plage pour nous rafrîchir les jambes et les pieds qui ont chauffés sur le bitume. Les premières ampoules sont en formation mais disparaîtrons bien vite sur le chemin et sa fraicheur. Nous arrivons le soir vers 19H30 au camping d'ALERIA après 67 km avec 25 km de stop. Le "stop" est une option que nous avions envisagée car cette partie de route était encombrée d'une file ininterrompue de véhicules, motos et camions qui nous frôlait de bien trop près à notre goût. Nous sommes donc chargé par un maton de la prison d'ALERIA qui a même fait demi tour pour venir nous récupérer car la circulation ne lui a pas permis de s'arrêter en toute sécurité à cause de la densité de la circulation. Ce personnage haut en couleur, nous raconte quelques anecdotes de la vie locale et nous donne quelques tuyaux pour loger à ALERIA. Nos mines de coureurs itinérants n'ont pas réglé nos problèmes de logement, malgrè nos bérets et nous finissons au camping après un dernier effort de 3km. 

La tarp est déployée et le tapis de sol aussi (une fine couche de film plastique) sur l'emplacement n° 64 (et oui)

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La nuit est réparatrice après un bon repas arrosé avec de la PIETRA(bière à la châtaigne) et un vin rouge local. Nous sommes dans la partie viticole  de la CORSE.

Nous entamons ce deuxième jour sous le soleil et cela durera jusqu'à notre arrivée à PORTICCIO. Après une vingtaine de kilomètres sur le bitume, nous arrivons enfin au départ de ce MARE A MARE CENTRE. Cette étape fera 28 km avec 480 de D+. 

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A partir de cet endroit, tout est plus simple. Plus de contraintes de sécurité face au danger de la circulation routière, la liberté revient et surtout le calme aussi. Pour fêter cela, nous décidons de lâcher un énorme cri de soulagement. Le balisage que nous devons suivre est orange. Nous nous laissons guider une fois à gauche, une fois à droite. Nous courons et marchons maintenant paisiblement. 

Nous arrivons dans le village pittoresque de Serra di Fiumorbu situé sur les crêtes d'ou nous pouvons apercevoir la mer au loin. Nous trouvons le gîte ou nous trouvons "porte close". Mais un numéro de téléphone figure sur cette dernière. Nous appelons. Au bout du fil, une voix charmante nous indique la marche à suivre afin de récupérer la clé qui se trouve dans un endroit bien précis derrière le gîte. La personne nous indique qu'avant de partir demain matin, la somme à payer pour la nuitée ainsi que le prix des bières ou autres boissons consommées doivent être déposés dans une coccinelle en terre cuite se trouvant sur le comptoir de la salle à manger. Les instructions sont claires et la confiance est totale.

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Nous demarrons ce troisième jour par un soleil radieux et nous sommes vite en communion tant les chemins rencontrés sont beaux et agréables. Cette étape nous conduira à COZZANO après 25,4 km et 1600 de D+. Nous arrivons après quelques péripéties à CASTATAGHJU. Dans l'euphorie de la beauté des paysages, de l'instant présent et des discussions, nous avons loupé une bifurcation. Le panneau cassé se trouvait au sol. Nous avons rebroussé chemin après 800 mètres et sommes revenus sur le bon chemin après avoir retrouvé les marques oranges. 

A CASTATAGHJU, nous trouvons un gîte en travaux et il est midi trente. Le refuge suivant est à 13,7 km avec 1080 de D+; Jean-Charles hésite avant de s'engager dans cette seconde étape. La pause, agrémentée d'un bon pain, (nous sommes en rupture de saucisson) me permet de persuader mon compagnon de route de repartir et de repartir dans la montée du col de LAPARO (1525 m). De toute façon, l'option de rester là n'est pas possible car le gîte est en réfection.

Nous repartons donc vers 13h30. La longue montée de 6 km est bien passée. Nous rechargeons nos gourdes dans une des nombreuses fontaines naturelles rencontrées. Les pastilles de purification d'eau nous servent. La forêt de pins maritimes laisse la place au plateau et aux bergeries d'A Scanciatella avant d'arriver au sommet de ce col ou nous croisons le fameux GR 20 et son lot de randonneurs plus ou moins bien équipés et plus ou moins bien entrainés. A son arrivée au sommet Jean-Charles est interpellé par une randonneuse étrangère, en panique qui lui demande le refuge le plus proche. A cette demande Jean-Charles répond qu'il faut quitter le GR 20 et redescendre par le MARE A MARE, vers COZZANO pour 02h30. Je ne sais pas si la réponse était satisfaisante pour cette randonneuse.

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Après une descente très technique ou nos bâtons seront d'une aide précieuse, nous arrivons au gîte de COZZANO vers 19h00. Nous trouvons à cet endroit le gîte mais pas le couvert. Un groupe d'anglais faisant le GR 20 sans les sacs mais qui sont portés par une organisation ont monopolisés la grande salle à manger et le gérant nous invite à aller au village pour nous restaurer. Nous préférons et découvrons les ambiances des bistrots d'antan ou les générations vivent ensemble. Nous sommes les seuls à dîner et le cuisinier forcent sur les portions., la charcuterie locale est excellente... Les clients fument dans le bar. Nous voilà replonger dans des décennies anciennes.

Au matin de cette quatrième journée, nous sommes toujours accueillis par le soleil et cela nous met en joie. Nous décidons que cette étape serait une étape de récupération, régénération. Elle sera très courte, 13,7 km avec 950 de D+. 

Cet itinéraire nous fera passer par des  jolis villages tranquilles, des châtaigneraies et nous fera rencontrer des nombreux cochons en liberté. Nous arrivons au boca di LERA (col) 955 m  vers 13 h 00 et décidons de faire la pause médiane. Après les sacs à dos posés et les victuailles sorties, les chaussures délassées et enlevées, les jambes posées sur les sacs à dos, nous pouvons commencer à nous restaurer. Nous savons qu'il ne reste qu'une heure trente de descente avant d'arriver au gîte de GUITERA. A peine notre festin commencé, nous sommes rejoints par un chien de chasse qui à l'habitude de suivre les randonneurs d'un village à l'autre, d'une vallée à l'autre. Nous le découvrirons plus tard quand tout les gens du village connaîtront ce chien. 

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 A la fin de cette courte étape, nous arrivons au gîte de GUITERA aux alentours de 14H30. Le gîte est fermé. Nous apprenons par une voisine que le propriétaire est parti faire des courses à AJACCIO. Nous prenons nos aises sous la terrasse couverte et faisons la sieste. Nous sommes rejoints par une jeune femme rencontrée la veille au gîte de COZZANO. Nous faisons connaissance. Elle se prénomme MARIE et est médecin généraliste à SOS médecins à GRENOBLE. Le fil conducteur médical entre la jeune médecin et l'infirmier Jean-Charles accompagnera le reste de l'après-midi en attendant l'arrivée du propriétaire. 

Les discussions s'enchaînent, les heures passent, notre chien accompagnateur est encore là et Paul Antoine, le gérant arrive enfin. Il est 17h30. Nous prenons possession des lieux, préparons nos affaires pour le lendemain, prenons une bonne douche et sommes enfin prêts pour redescendre sur cette terrasse accueillante. A l'arrivée du propriétaire, ce dernier annonce que le repas ne sera pas pris avant deux bonnes heures soit vers 20H. Nous lui répondons que cela nous était égal car en attendant nous allons boire des PIETRA. Le ton est donné. La soirée sera d'une bonne cuvée. Afin de d'étendre un peu cet homme, qui à première vue, nous paraît bien rustique, nous lui proposons de décharger son véhicule. C'est une attitude que Paul Antoine appréciera.

Nous commandons la première bière, servie par le fils de Paul Antoine rentrant de l'internat d'un lycée agricole à BASTIA. Fil conducteur de discussion numéro deux. Le fils de Jean-Charles partage la même passion pour la chasse et la nature que ce jeune. 

Arrive maintenant le frère de Paul Antoine qui nous a vu courir dans un village, le matin, alors que la jeune médecin déjeunait en compagnie de quelques locaux. Le frère vient voir la jeune femme et nous demande si l'on court toujours comme cela. Fil conducteur numéro trois. La perche est lancée sur la course à pied, les trails et les courses dans le désert faites avec Jean-Charles.

Arrive enfin, une personne avec son fils. Nous sommes vendredi soir et ce lieu s'avère être un lieu de vie important dans ce petit village. Ce dernier arrivant est un apiculteur qui possède une soixantaine de ruches. Fil conducteur numéro quatre. Je possède quelques ruches.

Les discussions fusent et les tournées de bières s'enchaînent; Le temps passe très vite. Pendant ce temps un couple arrive au gîte. Nous serons quatre.

L'heure du repas arrive. Au moment de payer, les bières le sont par nos amis de discussion. Ce repas sera le plus authentique de notre séjour. Le couple de SUISSE, arrivé tardivement et surnommé les VICTORINOX par Jean-Charles seront un frein pour que la soirée soit plus festive. Paul Antoine n'apprécie pas leur froideur et le fait sentir. Ce n'est pas le cas pour nous. Le repas se termine tard et la nuit sera bonne.

Le matin sera le moment ou nous apprendrons que Paul Antoine a ouvert un chemin menant à une ruine plus loin sur le MARE A MARE. Il nous donnera quelques instructions afin de s'y rendre; en vain. Avant de partir, le frère de Paul Antoine tient à nous donner deux saucissons de sa fabrication. Nous lui payerons malgré ces réticences.

 

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Nous sommes déjà samedi et nous partons pour une  grosse journée. Elle nous conduira à BISINA après  33 km et avec 1300 de D+. Nous avons pris l'option de ne pas arrêter l'étape au col SAINT GEORGES, ou nous avons appris qu'un changement au niveau du propriétaire du gîte et de la gestion des chambres a fait flamber le prix des chambres, 140 euros la nuit. Les VICTORINOX y dormiront. Le soleil nous accompagne toujours. En cette avant dernière journée de cheminement, nous courons et nous marchons. Nous profitons de tous ces magnifiques point de vue sur le golfe d'AJACCIO depuis les crêtes.

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A l'arrivée au col SAINT GEORGES, nous faisons une halte à l'auberge ou nous prenons notre dose de sucre en sirotant deux sodas, chacuns. Nous rechargeons nos gourdes et repartons car nous ne souhaitons pas laisser les euros dans un gîte sans saveur. Le reste de l'étape va s'avérer quelque peu difficile. Le chemin est bon mais le physique est émoussé. La dernière descente qui nous amène à BISINA sera longue et pénible. Nous arrivons tard, vers 19H30, sans réservation. Nous nous présentons et le gérant ne nous félicite pas de ne pas avoir réservé. Nous lui expliquons notre philosophie de cheminement qui ne nous permet pas de savoir ou nous serons le soir. Nous avançons suivant nos envies et notre forme. Nous l'informons également  que nous ne disposons plus que de 60 euros en argent liquide. Ce dernier finit par nous accepter, nous propose un arrangement et nous donne un lit chacun en dortoir collectif. Nous serons avec un homme parcourant la CORSE à vélo. Ce dernier begaye fortement. Nous discuterons tout de même avec lui et il nous donnera quelques informations précieuses quand nous arriverons à PORTICCIO.

L'heure du repas est arrivée. Nous sommes quatre à table. Le tenancier propose un tour de table afin que nous fassions mieux connaissance. Un grand blanc s'empare de la table. Evidemment Jean-Charles saisit la balle au bond et rebondit sur une boutade afin de casser la glace. Nous sommes en présence d'une canadienne qui fait le MARE A MARE SUD avec un sac d'une autre dimension et d'un belge qui vient en CORSE cheminer pour la 43eme fois. A partir de là, les sujets s'enchaînent autour de la table et nous sommes encore des "bêtes curieuses" avec nos micros sacs et nos récits de course. L'ambiance est bonne, le gérant est particulier. 

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Au moment ou nous prenons congès de notre dernier gîte, de gros nuages sont au dessus de nos têtes et nous décidons quand même de ne pas mettre les tenues de pluie. La menace de pluie ne dure pas bien longtemps comme pour nous dire que cela ne pouvait pas se terminer sous la pluie. La descente trouvée interminable hier se passe en une montée tranquille ce matin. Nous sommes euphoriques car nous savons que le soir nous retrouverons un bon confort. Cette étape sera très courte. Elle sera de 15 km avec 400 m de dénivelé positif. Jean-Charles est très taquin ce jour là. Il est intarissable dans ces discussions. Mais c'est un très grand plaisir de partager ces instants de course en sa compagnie. Nous apercevons au loin PORTICCIO. La fin du voyage. Nous arrivons à la fin du MARE A MARE un peu avant 12h00. La société de consommation reprend ses droits. A PORTICCIO, station balnéaire, les hôtels sont chers. Nous décidons de prendre la navette maritime entre PORTICCIO et AJACCIO.

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La traversée ne dure qu'une vingtaine de minutes. Nous sommes en quête maintenant d'une chambre d'hôtel. Après de nombreuses recherches sur internet avec notre smartphone afin de dénicher "l'hôtel", il s'appellera "le dauphin" situé à deux pas de la rue commerçante et du centre ville avec en prime, une vue sur les bateaux faisant la navette entre l'île et le continent. Il sera notre hôtel pendant trois nuits. Trois nuits car nous avons doublé et triplé les étapes. Un guide définissait les étapes comme difficile. J'avais calqué la trame du circuit en suivant cette notion. Au résultat, nous avons deux jours d'avance.

Pendant ce temps libre, nous retrouverons le couple VICTORINOX en ville qui séjourne dans le même hôtel que nous. Nous croiserons également Marie, la jeune médecin qui a terminé son MARE A MARE deux jours après nous. Nous en profiterons pour nous reposer, visiter, discuter et même assister à un match de football d'une des deux équipes locales, l'ACA le mardi soir. Ce match sera un match initiatique pour Jean-Charles. Nous le suivrons dans la tribune populaire des Ultras afin de nous imprégner de cette ambiance toute particulière et un brin chauvine. Un bon trois zéro clôturera ce matche joué contre VALENCIENNES. Le retour du stade se fera en voiture. Nous demandons à un "ancien" s'il peut nous redescendre car nous sommes à pied. La vue de nos bérets va aider à sa réflexion rapide. Il finit par nous avouer qu'il n'a pas le droit de conduire car il ne voit pas très bien la nuit. Nous finirons par nous en apercevoir en frôlant un scooter. Le papy roule au centre des trois voies nous ramenant en ville. Sa conduite est hésitante et les coups de frein nombreux et forts. Nous arrivons au maximum que son itinéraire lui permet. Il nous explique le chemin à prendre pour retrouver notre hôtel. Nous le remettons en circulation. 

Cette dernière nuit dans cet hôtel sera excellente. Le lendemain la navette nous déposera à l'aéroport ou nous décollerons à 13H00. La fin du périple est proche. Nous retrouvons nos proches en fin de journée. 

Fin de l'aventure.

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